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Rencontre du 22 mars 2011 avec Oliver Poivre d’Arvor

publié par AAFC le 2 août 2011

Des représentants de notre association ont été reçus par Olivier Poivre d’Arvor, dans les locaux de France Culture, le mardi 22 mars dernier. Voici un bref compte-rendu de cet entretien que le nouveau directeur a bien voulu nous accorder.

« AAFC — Bonjour monsieur le directeur, et merci de nous recevoir…

OPDA — Bienvenue chez vous !

— Après le départ, l’an dernier, de Nicolas Demorand, nous avons récemment appris celui de Jean Lebrun. France Culture est-elle considérée comme un « laboratoire » de France Inter, et peut-on craindre pour la pérennité de France Culture ?

— Non, je ne pense pas que la pérennité de France Culture soit en danger car je pense au contraire qu’elle va plutôt gagner en audience. J’ai d’autres inquiétudes, mais pas celle-là. Le problème est différent pour France Musique qui est en concurrence très forte avec Radio Classique et qui peine toujours à trouver un équilibre entre la diffusion de musique proprement dite et celle des propos ou des débats qui l’accompagnent et qui l’éclairent.
France Culture n’est ni un laboratoire, ni une pépinière pour France Inter. Les deux cas que vous citez sont à peu près les seuls, et encore Jean Lebrun n’était-il plus en charge d’une émission quand il a quitté France Culture. Rassurez-vous, il n’y a pas de plan caché, et encore moins de fusion en vue avec une radio généraliste comme France Inter.

— De nombreux auditeurs de Seine-Saint-Denis se plaignent de ne pas pouvoir écouter France Culture dans de bonnes conditions. En Suisse également, alors que son équivalent, la radio suisse romande RSR 2, est parfaitement reçue dans l’Est de la France. En Belgique, France Culture a fait les frais de la guerre linguistique et n’est plus audible à Bruxelles.

— France Culture bénéficie d’un réseau d’antennes exceptionnel, que même les radios privées les plus importantes nous envient. Hélas, des raisons techniques complexes font qu’on ne peut pas résoudre les problèmes de réception dont souffre une partie de l’Est parisien ; dans ce cas, malheureusement, la seule solution est d’écouter France Culture sur internet. Mais savez-vous qu’une grande partie des DOM-TOM non plus ne reçoivent pas France Culture ? C’est une injustice à laquelle j’espère pouvoir bientôt remédier.

— Accepteriez-vous de participer à un déjeuner-rencontre, quitte à devoir y affronter les critiques de nos adhérents les plus mécontents ?

— Oui, je suis toujours content de rencontrer les auditeurs. Ça m’intéresse d’autant plus que je viens d’arriver. Concernant les critiques, j’y suis habitué : j’entends tous les jours que ceci ou cela ne va pas. J’estime qu’il faut savoir se soumettre à l’exercice quand on se rend à ce genre de réunion… tant qu’il existe un respect réciproque, bien sûr ! De toute manière, je sais garder mon calme. France Culture est une chaîne exceptionnelle, hypersensible, avec laquelle chaque auditeur a une relation très particulière : écouter France Culture est pour lui un choix, un élément de distinction culturelle, sociale, esthétique…

— Vous avez été nommé à la rentrée 2010. Quelles sont vos premières impressions, et quelles sont vos ambitions pour France Culture ?

— En tant que diplomate, j’ai l’habitude de structures plus lourdes. France Culture est un objet très tactile, très réactif. Chacune de vos décisions a des effets immédiats. C’est une maison très facile et très agréable, qui fonctionne tant que l’on ne cherche pas à comprendre comment. Rendez-vous compte qu’il n’y a pas de comptabilité analytique ! J’ai un budget de 14 millions d’euros, mais qui n’inclut pas le coût des locaux, des moyens techniques et d’une partie du personnel qui nous sont concédés par Radio France. France Culture n’a pas de concurrents, car le budget total réellement nécessaire au fonctionnement d’une telle station s’élèverait sans doute à 60 ou 70 millions d’euros ! Le service public la finance en très grande partie, et c’est une chance.

Laure Adler, qui avait le désir de faire une radio ancrée dans le monde, dans un acte qu’elle voulait fondateur, représente une rupture dans l’histoire de France Culture. David Kessler et Bruno Patino, qui lui ont succédé, ne sont pas restés très longtemps. Pour moi, être à la tête de France Culture, c’est un rêve, un projet à long terme que je veux faire partager dans la durée. Les décisions que je prends aujourd’hui, j’espère en voir les fruits dans quatre ans.

Ce serait idiot et maladroit de ma part de vouloir changer les fondamentaux, car nos auditeurs, même s’ils apprécient la création, sont très attachés au patrimoine. Pour autant, je n’exclus a priori aucun choix. L’histoire, par exemple, est l’un de ces éléments fondamentaux ; cela seul justifie-t-il de continuer les Lundis de l’histoire, dont le producteur et ami, Jacques Le Goff, vient d’avoir 87 ans ?

France Culture est une chaîne bicéphale : d’un côté la rédaction, composée d’une trentaine de journalistes, et de l’autre les producteurs. D’un côté le « chaud », de l’autre le « froid ». Je pense que cette division n’a pas de sens. La compréhension du monde dans son actualité requiert l’approfondissement de nombreux sujets : on ne peut pas séparer la culture de l’information. Les tranches 7 h - 9 h, 12 h - 14 h et 18 h - 19 h sont des pics d’audience ; il faut que l’information et le contenu se rencontrent et que ce soit des moments d’intelligence. De ce point de vue, la matinale de France Culture est celle qui transmet le plus de choses : aucune chaîne au monde, sur cette tranche horaire, ne laisse un invité s’exprimer durant quarante minutes ; cette densité est introuvable ailleurs.

— Malgré tout, certains auditeurs reprochent aux Matins de reproduire le « saucissonnage » des radios généralistes.

— J’ai besoin d’information. Avant, j’écoutais RFI, et le matin, je ne veux pas écouter quelqu’un parler pendant une heure et demi sans aucune info ! La culture est une manière de voir le monde. Le monde est partout, mais il ne doit pas être confondu avec la dernière petite phrase de Martine Aubry ou de Jean-François Copé car l’information requiert exigence, sobriété et un certain recul. Marc Voinchet sait qu’il lui revient, en tant que chef d’orchestre de la matinale, de scander l’émission avec précision, à une heure où les auditeurs passent de la douche au petit-déjeuner, mais je ne souhaite pas remettre en question la succession des séquences qui ponctuent les Matins, au moment où la radio doit être aussi une horloge. Après seulement, on s’installe dans une plage plus longue… J’ai d’ailleurs réintroduit une chronique des idées tenue par Julie Clarini [1] ; et 8 h 25 marque l’heure où l’on bat tous les records d’audience. N’oublions pas que si France Culture a un avenir, c’est parce qu’elle est écoutée ! France Culture ne peut pas se permettre de ne parler à personne. Ces tranches de grande écoute sont notre bouclier, elles font vivre la chaîne, et elles nous permettent aujourd’hui d’obtenir 1,8 % d’audience [2], contre 1,6 % il y a trois mois. Si nous redescendions à 1 %, notre existence serait menacée. Même si l’audience reste un enjeu permanent, nous n’en sommes heureusement plus là et ma préoccupation est maintenant d’augmenter la durée d’écoute moyenne qui n’est actuellement que d’une heure quarante par auditeur et par jour.

Avec 2 900 000 téléchargements au mois de mars, France Culture est la 3e radio française la plus téléchargée, derrière France Inter et Europe 1. Nous ne sommes donc pas simplement le petit « supplément d’âme » de la bande FM, mais une véritable bibliothèque du savoir !

— De nombreux auditeurs se plaignent des annonces auto-promotionnelles pour les autres stations du groupe Radio France.

— J’ai une liberté incroyable sur presque tous les sujets, mais par sur celui-ci ! Ces annonces nous sont imposées par Radio France, comme à toutes les stations du groupe, et nos auditeurs peuvent peut-être se consoler en pensant à ceux du Mouv’ qui doivent subir à leur tour la publicité pour France Culture (sourires).

— Quelles sont vos idées pour la grille de rentrée ?

— La programmation du dimanche matin nous pose un vrai problème, car notre cahier des charges m’empêche de construire une véritable journée qui pourrait être aussi écoutée que l’est la matinée du samedi. Il serait périlleux de toucher à l’Esprit public, qui est l’émission la plus écoutée de la chaîne ! Cinq heures de programmes réservés aux cultes, ça ne construit pas une antenne, c’est une succession de points de vue. Il y a une pression des différentes églises : ma décision, cette année, de reporter au soir la diffusion des conférences de Carême catholique et protestant a créé du trouble ; le CFCM [3] souhaiterait une émission plus proche de sa conception de l’islam en France ; les bouddhistes aussi voudraient avoir leur émission… on n’en sort pas. Je ne peux pourtant pas dire à tous ces gens : « installez-vous et prenez l’antenne » ! Ce n’est pas du laïcat idiot, mais comment, dans ces conditions, construire une journée ?

En vingt ans, les vannes se sont ouvertes ; il y a maintenant une profusion de l’offre culturelle. Cette diversité est une véritable chance pour France Culture, dont une mission reste d’orienter ses auditeurs dans la masse des livres et des musiques produites. Je crois à la prescription, et je voudrais créer une émission qui, à la manière du Masque et la Plume, dans un autre style que Jeux d’épreuves, traite de l’actualité du théâtre, de la danse, des expos, du cinéma… Bref, de ce qu’il faut voir et écouter.


[1Les Idées claires, du lundi au jeudi, à 7 h 35

[2Résultats de l’enquête Médiamétrie de novembre-décembre 2010 : audience quotidienne cumulée personnes de 13 ans et plus ayant écouté au moins une fois dans la journée (1,8 % = 890 000 personnes)


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