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Le beau souci de l’académicienne

publié par Henry Faÿ le 2 août 2011
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Franz Eugen Köhler, Calendula officinalis (source : wikipédia)

Dans sa chronique du 11 février 2011, Danièle Sallenave, pas encore élue membre de l’Académie française au fauteuil occupé par Maurice Druon, s’est émue de l’emploi de l’expression « pas de souci », alors qu’il y a peu, c’est l’expression « pas de problème » qui faisait florès.

La chroniqueuse quelque peu ronchonneuse faisait observer que quand on invoquait un « problème » on était dans une posture dynamique car on faisait sous-entendre la possibilité d’analyser le « problème », et de le résoudre, alors que dans le « souci », il n’y avait qu’un état d’âme, subi passivement avec une once de fatalisme. Elle voyait dans la substitution d’une expression à l’autre un signe d’amollissement et de résignation, inquiétant pour la civilisation elle-même, rien de moins.

Ce que la future académicienne n’a pas noté, c’est que dans le langage courant, souci est employé la plupart du temps dans la forme négative. Ce que l’on entend le plus souvent c’est « pas de souci ». cette formule est selon moi infiniment préférable à « pas de problème » qui est un décalque grossier de « no problem ». Pourriez-vous me donner de la glace à la pistache ? Pas de problème. Comme s’il devait y avoir des problèmes à chaque instant, comme si la vie n’était qu’un tissu de problèmes. Cette horreur linguistique est à proscrire résolument, si vraiment elle avait fait long feu, il faudrait s’en réjouir.

Il n’aurait par ailleurs pas dû échapper à la future académicienne que « pas de souci » est incomparablement plus aimable et plus léger que « pas de problème ». Car le problème a la lourdeur de ce qui est réel et objectif. Le souci a la légèreté du subjectif, on est prêt à le relativiser, surtout s’il est petit. Le souci, surtout si, comme c’est généralement le cas, il n’y en a pas, c’est comme un nuage, pas besoin de s’en préoccuper, il passera tout seul. Invoquer un souci et non un problème, c’est une manière de minimiser la chose, de ne pas chercher à importuner autrui avec de petits ennuis, c’est une manière de dire qu’on n’est pas affligé. Pas de souci, c’est une manière de dire ne vous en faites pas, n’y pensez plus, ce n’est rien. Et c’est aussi une aimable façon d’acquiescer.

En outre, souci, qui comme l’a rappelé la chroniqueuse vient de sollus tout entier, qu’on retrouve dans sollicitude, est un beau mot de la langue française, un souci peut être un beau souci, et c’est une fleur. Il y a donc des raisons de ne pas condamner cette expression nouvelle et même de lui trouver du charme car ce n’est pas tous les jours qu’on voit éclore une fleur dans notre parler quotidien, ce qui devrait nous consoler de bien des soucis.


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