Association des Auditeurs de France Culture
  • Bulletin n° 95 - octobre 2025

    Bulletin n° 95

    Sommaire :
    – Déjeuner-rencontre
    – Portrait
    – Festivals
    – Rencontre avec Bruno Patino
    – Fiches de lecture
    – Actualités
    – Tribune de la presse

  • Communiqué

    Sous réserve d’un changement de programmation des lois à l’Assemblée nationale

    Pourquoi réformer un service public de l’audiovisuel efficace, créatif et robuste ?

    Reporté pour cause de dissolution puis de censure, le texte portant réforme de l’audiovisuel public [1] sera examiné à l’Assemblée nationale à compter du 10 avril 2025. Ce projet poursuit un objectif clair et fixe : réunir l’ensemble des entreprises de l’audiovisuel public sous une gouvernance unique. La ministre de la Culture, qui paraît désormais abandonner l’idée de fusion, entend par là défendre la création d’une holding – France Médias – réunissant quatre entreprises (France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l’Institut National de l’Audiovisuel).

    Début mars, Mme Rachida Dati, ministre de la Culture – parallèlement accaparée par les élections municipales parisiennes – nommait Laurence Bloch, ex-directrice de France Inter, en charge d’une mission d’accompagnement de la réforme. Depuis l’adoption par le Sénat de la proposition de loi dite Lafon en juin 2023, l’ambition d’un rapprochement entre les différentes entités prend forme au motif qu’une « réorganisation » des forces viendrait garantir la résistance de l’audiovisuel public à la concurrence des groupes privés, supposément mieux structurés.

    À ce jour, se pose donc avant tout la question de la nature, de la portée et de l’étendue de cette menace concurrentielle qui justifierait l’urgence et l’ampleur d’une telle réforme.

    Autrement dit :
    1) Quelle serait la nature particulière et précise de cette menace concurrentielle (quelle menace ? par qui ? pourquoi ? quand ? comment ?)
    2) Pourquoi l’audiovisuel public français – dans sa dynamique positive actuelle – ne serait-il pas capable de faire face à cette menace ?
    3) Pourquoi aujourd’hui et demain tout l’audiovisuel public français – dans son immense diversité – radio, télévision, nationale et internationale, INA soit près de 18 000 personnes, serait-il menacé de façon identique ?

    Dans un entretien au Parisien en date du 30 mars 2025, la ministre qualifie cette réforme « d’indispensable », mobilisant pour mener bataille une mystérieuse notion de « souveraineté culturelle » – le sénateur Lafon avait utilisé l’expression « souveraineté audiovisuelle » – plaidant ensuite l’efficacité du projet tout en réfutant vouloir faire des économies et, enfin, assurant que les suppressions de postes ne sont pas à l’ordre du jour.

    Mais c’est sensiblement l’indépendance de cette structure qui fait problème : la holding serait en effet exécutive avec à sa tête un président-directeur général dirigeant, seul, les différentes filiales, une configuration qui nourrit un soupçon logique de vassalisation. Notons au passage que le choix du mot « holding » n’est pas neutre… C’est habituellement un terme juridique décrivant une construction avant tout financière et souvent opaque… visant à assurer une mutualisation des moyens. On ne parle plus alors de « fusion » mais plutôt de « rapprochement ». La nuance est ténue…

    Reste à savoir quels seront les contours exacts de cette future structure, dont la verticalité objective avive les craintes de l’opposition comme des syndicats au cours d’une année où le budget alloué à l’audiovisuel public est en baisse. L’opposition s’est mobilisée en déposant un nombre colossal d’amendements, tandis que cinq syndicats, dans un préavis de grève pour les journées du 31 mars et du 1er avril 2025 alertent contre « une mise en danger des services et des programmes proposés aux publics, contraints par des budgets qui ne cessent de se réduire. ». Des élus ont quant à eux fait savoir leurs vives inquiétudes face à ce projet de réforme [2]. Enfin cinq anciens ministres de la culture ont, tous bords confondus, clairement critiqué ce projet de création d’une holding de l’audiovisuel.

    Dans l’entretien sus-cité, la ministre de la Culture ponctue : « nous avons tous le service public chevillé au corps. » L’association des Auditeurs de France Culture entend veiller à ce que cette déclaration de la ministre soit suivie d’effets lors des débats et décisions des prochaines semaines.

    Pour la suite, nous engagerons plusieurs actions, à commencer par une large diffusion de ce communiqué (adhérents, médias, syndicats, professionnels, élus).

    Nous allons solliciter un rendez-vous auprès de Mme Laurence Bloch afin de lui faire part de notre analyse et de nos vives inquiétudes et préoccupations.

    Nous allons prendre contact avec les organisations syndicales et les professionnels de France Culture pour partager nos visions de la situation et nous informer des actions en
    cours.

    Nous allons faire de même avec les députés qui siègent en commission des affaires culturelles et qui auront à intervenir dans l’hémicycle sur la proposition de loi. Nous ferons en sorte d’être présents lors du débat public à l’Assemblée nationale.

    En parallèle, nous invitons toutes et tous nos adhérent⸱e⸱s à proposer et organiser, partout où ils se trouvent, des manifestations reprenant les questions et préoccupations présentes dans ce document et apportant un soutien chaleureux aux acteurs de l’audiovisuel public à Paris et dans les régions.

    Enfin, nous invitons toutes celles et tous ceux qui partagent nos préoccupations à signer la pétition en ligne : « Oui au pluralisme et à l’indépendance des médias audiovisuels publics, non à leur fusion ! » qui a déjà rassemblé plus de 103 000 signatures.

    La mobilisation exceptionnelle de notre association dans cette affaire est le signe de l’attachement indéfectible que les auditeurs et auditrices de l’AFC manifestent depuis plus de 40 ans en écho à la qualité du service public de l’audiovisuel et en particulier à la production quotidienne exceptionnelle des acteurs (personnels et direction) de France Culture. Comme auditeurs et auditrices fidèles, cette extrême exigence professionnelle nous engage solidairement auprès d’eux.

    Paris, le 3 avril 2025
    Pour l’association des Auditeurs de France Culture
    Alain Guignard, président
    et le conseil d’administration de l’AFC

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